La Journée africaine de lutte contre la corruption intervient cette année à un moment où s'accélèrent les mutations qui façonnent l'économie mondiale, où les pressions sur les ressources s'intensifient et où se creuse l'écart entre le potentiel des États et leur capacité réelle à le traduire en développement et en prospérité.
Au cœur de ces mutations, notre continent africain se trouve confronté à une question cruciale : comment transformer ses immenses richesses humaines, naturelles et économiques en un développement durable dont le citoyen africain ressent l'impact dans sa vie quotidienne ?
Une part essentielle de la réponse réside dans notre capacité à bâtir des institutions fortes et efficaces, à protéger nos ressources contre le gaspillage et l'épuisement, et à garantir leur orientation vers des finalités de développement. Dès lors, l'intégrité n'est plus une simple valeur morale, et la lutte contre la corruption n'est plus une simple fonction de contrôle ou une réaction a posteriori à des dysfonctionnements. Toutes deux sont désormais placées au cœur de l'équation du développement et de l'avenir des économies africaines.
C'est pourquoi le thème de cette année, « Renforcer la promotion de l'intégrité et les mesures de lutte contre la corruption en Afrique », doit constituer un appel explicite à franchir une nouvelle étape dans l'action africaine commune. Une étape où nous ne nous contenterions plus de mesurer l'ampleur et le coût de la corruption, mais où nous commencerions également à mesurer la valeur de l'intégrité, ainsi que son apport à l'efficacité des institutions, à la qualité des investissements, à l'efficience de la dépense publique et à la capacité des économies africaines à produire, à concourir et à innover.
Dans cette optique, nous estimons que le moment est venu de faire du « Capital d'intégrité africain » un concept novateur pour orienter l'action continentale commune. Ce concept englobe l'ensemble des institutions, législations, expertises, connaissances, valeurs et mécanismes accumulés par nos États, capables de préserver les ressources, d'accroître l'efficacité de la gestion publique, de renforcer l'État de droit et de créer un environnement plus propice à l'attraction des investissements, à la production de valeur, à la réalisation du développement et à la protection de la démocratie avec tout ce que cela implique comme articulation entre l'agenda de la lutte contre la corruption et celui des droits de l'homme dans notre contexte africain.
Certes, notre continent a accumulé d'importantes réformes, mis en place des instances spécialisées et développé des expertises et des expériences nationales dignes d’être valorisées. Cependant, le défi aujourd'hui ne réside plus dans le nombre de lois que nous adoptons, d'institutions que nous créons ou d'initiatives que nous lançons, mais plutôt dans l'impact réel de ces dispositifs sur le terrain, ainsi que dans leur capacité à protéger les deniers publics, à réduire le gaspillage et à anticiper les risques de corruption avant qu'ils ne se transforment en pertes économiques et sociales difficiles à réparer.
Cela exige une transformation profonde, qui fasse évoluer nos approches en matière de corruption d'une culture de conformité vers une culture d'intégrité ; de la gestion des dossiers de corruption à la gestion de ses risques ; de l'intervention post-dysfonctionnement à l'anticipation ; et du strict respect de la loi à l'édification de systèmes intégrés de prévention, de vigilance et d'alerte précoce.
Cela requiert également de transformer nos expériences nationales en un savoir africain partagé, et de faire de la coopération entre nos institutions un outil pour produire des solutions, développer les capacités et faire face aux nouveaux défis, au premier rang desquels figurent les flux financiers illicites, la corruption transfrontalière et les risques émergents liés à la transformation numérique et à l'intelligence artificielle.
Forts de notre responsabilité en tant qu'institution constitutionnelle au sein d'un État africain, nous nous considérons comme une partie prenante essentielle de ce chantier continental et un partenaire engagé aux côtés de l'ensemble des instances africaines similaires. Notre objectif est de bâtir un espace institutionnel africain plus apte à partager les connaissances, à développer les outils, à renforcer les capacités et à transformer l'intégrité d'un principe proclamé en une force effective au service du développement.
En cette Journée africaine de lutte contre la corruption, nous réaffirmons notre conviction que l'avenir de l'Afrique ne dépendra pas seulement de l'abondance de ses ressources, mais de sa capacité à les préserver, à mieux les gérer et à les transformer en opportunités de développement.
La valeur réelle du « Capital d'intégrité africain » réside dans notre capacité à faire de l'intégrité la richesse qui protège toutes les autres richesses, et la force qui garantit la transformation du potentiel de l'Afrique en un avenir meilleur pour ses peuples et ses générations futures.
Mohamed Benalilou
Président de l'Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC)
Rabat le 11 Juillet 2026
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